Geops (Geosciences Paris Sud)


Nos tutelles

CNRS

Nos liens

Rechercher




Accueil > Actualités

Débâcles de glace en Sibérie : une nouvelle vision de la Léna

Débâcles de glace en Sibérie : une nouvelle vision de la Léna

La Léna constitue l’un des principaux hydrosystèmes fluviaux traversant la Yakoutie Centrale (Sibérie) connue pour son pergélisol particulièrement sensible aux variations climatiques. Au printemps, lors de la fonte de la neige et de la carapace de glace, le débit de la Lena augmente brutalement (entre 30 000 m3 s-1 et 50 000 m3 s-1), entraînant des risques lourds pour les populations yakoutes. En 2002 puis en 2010, une débâcle catastrophique liée à un printemps précoce suite à un hiver rigoureux a inondé une partie de la ville de Yakoutsk (capitale de la République Sakha regroupant plus d’un million d’habitants) et les campagnes avoisinantes. Ces grandes crues entraînent également une forte érosion des berges, en particulier à la tête des îles.
Dans le cadre d’une coopération avec le Permafrost Institut (Russian Academy of Science) à Yakutsk, des campagnes de terrain régulières en Yakoutie ménée entre 2008 et 2012 par François Costard (GEOPS) et son équipe ont permis d’instrumenter ce grand fleuve afin d’acquérir des données inédites sur le fonctionnement de la débâcle (intensité, durée, épaisseur de glace) et de l’inondation (température de l’eau, durée de la submersion). En couplant ces données aux mesures de température du pergélisol et des taux de recul des îles entre 2008 et 2012, il a été mis en évidence une forte variabilité interannuelle des débâcles. Ces résultats inédits seront publiés en octobre 2014 dans Permafrost and Periglacial Processes. Les taux d’érosion des îles ont été précisément déterminés de 2008 à 2012 sur plusieurs sites. Ils varient très fortement d’une année à l’autre. Pour une île donnée, les taux d’érosion varient de 2 m à 40 m pour des durées de crue allant de 6 jours à 39 jours. Cette variabilité s’explique par la durée de la crue et la présence de pics secondaires à la fin de l’été liés aux orages, en raison des températures élevées de l’eau, qui contrôlent l’érosion thermique et non la puissance de la débâcle et l’intensité de la crue. Ces facteurs expliquent les taux d’érosion très inégaux observés entre 2008 et 2012.

An assessment of the erosional potential of fluvial thermal process during ice breakups of the Lena River (Siberia). François Costard, E. Gautier, A. Fedorov, P. Konstantinov, and L. Dupeyrat. Permafrost and Periglacial Processes.
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ppp.1812/abstract

Contact : François Costard - francois.costard@u-psud.fr


Erosion frontale d’une île gelée dans la plaine d’inondation de la Lena lors de la débâcle de 2010. L’érosion fut de 21 mètres en 9 jours.

Voir en ligne : http://www.insu.cnrs.fr/node/5031